TRI-NATIONS : Afrique du Sud, le trou noir.

Depuis le début du Tri Nations, l'Afrique du Sud n'a pas remporté un seul match en 3 rencontres. CLUB XV s'est penché sur le passage à vide des Springboks...

Après une campagne de tests réussis en juin, peu de gens aurait pu prédire un tel désastre pour les Sud-africains en ce début de Tri-Nations. Le calme avant la tempête pourrait-on dire. Pourtant, en y regardant de plus près, plusieurs éléments objectifs permettent de comprendre cet effondrement soudain.

Une indiscipline chronique

Commençons par le plus évident. Au niveau international, chaque erreur se paie très cher. Et force est de constater que la discipline n’a pas été le point fort des Boks depuis trois matches. Entre fautes stupides et gestes dangereux, ils ont accumulé les erreurs qui leur ont coûté énormément de points à des moments clés des rencontres. Même si l’on peut leur accorder d’avoir subi un arbitrage relativement sévère, personne ne peut crier au scandale sur les suspensions de Botha, de Villiers ou maintenant Fourie, résultats d’une certaine fébrilité et d’une agressivité mal placée. L’attitude de Peter de Villiers, qui s’est ingénié à tirer à bouler rouge sur l’arbitrage, n’a en outre rien arrangé. Il semblait d’ailleurs en totale dissonance avec son capitaine qui appelait dans le même temps à plus de maîtrise et de discipline sur le terrain. Peut-être cela souligne-t-il un problème de leadership plus profond, entre un sélectionneur peu enclin à la remise en question et un capitaine visiblement moins écouté.

Des leaders aux abonnés absents

L’état de forme du groupe est aussi très inquiétant. Usure physique ou décompression mentale après la domination des franchises sud-africaines en Super 14 ? Difficile à dire. Mais en trois matches, on a très peu vu les joueurs cadres : Habana a été transparent, Matfield n’a pas eu son rendement habituel tout comme la troisième ligne d’ailleurs et la première ligne a semblé asphyxier très rapidement par l’intensité et la vitesse du jeu proposé. La légendaire dimension physique des Springboks a volé en éclats face à des adversaires très bien préparés au combat d’avant et qui ont opposé une défense remarquable tout au long des matches. Les Australiens et les All-Blacks semblent aujourd’hui un ton au dessus physiquement, avec un ratio puissance/vitesse optimal et des joueurs très en forme.

Un plan de jeu à revoir

Mais c’est sans doute dans la nouvelle façon de jouer de leurs adversaires que réside la majeure explication de la faillite des Boks. En effet, plus que la nouvelle interprétation de la règle plaqueur-plaqué, c’est ce qu’en ont fait les Néo-zélandais et les Australiens qui a fait mal au Springboks. Dépassé par leur vitesse et leur capacité à mettre du rythme aux quatre coins du terrain, ils sont soudain apparus désarmés tactiquement, incapable de changer leur plan de jeu pour s’adapter à la nouvelle donne. Tantôt englués dans un jeu au pied stérile qui ne fait que donner d’autres ballons d’attaque à l’équipe adverse, tantôt perdu dans un jeu débridé qu’ils ne maîtrisent pas, il leur manque un leader capable de conduire le jeu et prendre les bonnes décisions. L’absence de Fourie du Preez pour toute la durée du tournoi est alors d’autant plus préjudiciable et il semble évident que ses remplaçants (Pienaar et Januarie) souffrent de la comparaison.

L’équipe a maintenant trois semaines pour travailler en vue de ses trois derniers matches, à domicile cette fois-ci. Mais cela semble bien peu tant le mal semble profond pour les champions du monde.

Yan Birre, correspondant à Auckland (NZ) pour Club XV