La France et sa charnière, l’éternelle question

L’Equipe de France a gagné, soit, mais peu de supporters français présents ce dimanche à Murrayfield garderont un souvenir impérissable de la prestation des Bleus. Deux éclairs de lucidité ayant abouti aux deux essais de Bastareaud permettant de sécuriser la fin de match, mais c’est tout. Et cela avec un pack dominateur, heureusement ! Et quand le jeu n’est pas attrayant ; les regards et donc les critiques se tournent tout de suite du côté de la charnière.

Chèque en blanc pour Trinh-Duc ?

Il a suffisamment été reproché aux sélectionneurs Français du passé de mettre sur le grill leurs demis trop systématiquement, ne permettant pas à ces derniers d’acquérir l’indispensable expérience nécessaire à l’épanouissement du joueur. Donc, félicitations au nouveau staff triumviratique Lièvremont-N’Tamack-Rétière pour avoir tenu bon jusque là. Sacrifier le Montpélliérain après le naufrage face aux All Blacks eut été injuste car toute l’équipe était fautive. Mais, là, derrière un pack dominateur, une conquête en touche plus que correcte et un adversaire somme toute limité à ce niveau, comme prévu, on attendait une progression dans la prestation de l’ouvreur international. Sans bien sûr attaquer l’homme même si ce dernier a avoué récemment dans une interview devoir faire preuve de plus de sérieux dans sa vie de sportif de haut niveau, force est de reconnaître que nous n’avons rien vu de probant, notamment dans une seconde période où les rares ballons à négocier ont abouti à des turn-overs, des mésententes avec ses partenaires et aussi un drop raté qui eut fermé le clapet à beaucoup d’observateurs lui reprochant un jeu au pied insuffisant à ce niveau. Alors, exit Trinh-Duc ? Tout un peuple l’espéra lorsque l’on vit Michalak s’échauffer vers l’heure de jeu. En 20 minutes, on allait voir…..Et finalement le pauvre Frédéric, le petit Prince du Capitole, l’homme de la Coupe du Monde 2003, n’eut droit qu’à 9 minutes en remplacement de Morgan Parra à la mêlée !!! Trop peu de temps pour influencer un tant soit peu le fil d’une rencontre. Il tenta bien de dynamiser mais sa meilleure action fut indéniablement le petit coup de pied qu’il donna ,écoeuré, en touche après la fin du temps règlementaire pour mettre fin au calvaire imposé à tout un stade.

Parra faute de mieux

L’autre partie de la charnière n’est pas non plus un modèle de « chef de bande », le demi de mêlée à forte personnalité qui manque tant depuis Jacques Fouroux ou encore Pierre Berbizier. Mais Parra est encore jeune et assume aussi les responsabilités de buteur (3 sur 5 hier) quand il le faut. Difficile pour lui d’avoir l’influence nécessaire pour prendre l’orientation du jeu en mains, notamment lors de la seconde période où la France se mit à jouer comme l’Angleterre ou presque, avec des séances de pick and go contre nature. Nous allons encore entendre les excuses – valables- concernant l’état du terrain, la gestion du match, le « danger » de sa faire prendre en contre comme tant d’Équipes de France étant arrivées en Écosse la fleur à la boutonnière pour repartir quelques heures plus tard par la petit porte, battues par la faute de la pluie, du vent, de l'aribitre ou d’un esprit local. Force est de constater que la France s’est imposée sans trembler là où l’Australie avait perdu en novembre, ne laissant que peu d’espoir à son adversaire.

Statu quo ?

Sur l’autel de la victoire, la paire Parra-Trinh’ Duc devrait être reconduite samedi face à l’Irlande et comme tout le monde pousse derrière les Bleus et veut les voir gagner, cette paire semble bien partie pour durer….Mais en cas de blessure, qui jouerait, qui connaîtrait les combinaisons ? L’arrivée de Fabrice Estebanez dans le groupe pourrait changer la donne tant ce garçon déborde d’ambition affichée mais mesurée avec un parcours rugbystique qui n’a rien d’un long fleuve tranquille contrairement à François Trinh-Duc, soutenu à longueur d’année par un staff bienveillant. Estebanez, de part sa personnalité, pourrait également permettre à Parra d’imposer la paire de demis au niveau du jeu. Pour en avoir le cœur net, il faudrait l’essayer en match, et pas qu’une fois….

Bernard Delample, CLUB XV